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Flore, volontaire européenne à Vienne

   3 mois. 3 mois que j'ai commencé l'aventure SVE. C'est peu et beaucoup à la fois. Les semaines passent à vive allure. J'essaie de me rappeler mes premiers jours et l'excitation de commencer ce projet dont j'ai tant rêvé auparavant. Peut-être trop. J'ai appris que rien n'est parfait et que chacun vit son aventure à sa manière. Et je découvre la mienne petit à petit.

   Je me rappelle être entrée au sein du jardin d'enfant où je travaille et m'être sentie bien et pas bien à la fois. Trouver cet endroit si chouette, si chaleureux, si vivant et ne pas me sentir à ma place. Mais cette place je l'ai apprivoisée avec le temps. Et maintenant j'ai le sourire dès que je franchis la porte de ce lieu. Être là est devenu mon quotidien. Préparer le petit-déjeuner, aider les plus petit à tartiner de beurre leur pain, aller chercher le lait au frigo, ranger le petit-déjeuner, jouer, lire une histoire, faire des activités, préparer les petits pour aller dehors, mettre les chaussures, les écharpes, les bonnets, les manteaux, jouer, courir, les pousser à la balançoire, construire des château de sable, rentrer, enlever les chaussures, les écharpes, les bonnet, les manteaux, aller se laver les mains, préparer le repas de midi, manger, ranger, nettoyer, passer le balais, jouer, les chatouiller, sourire, rire, vivre. Cela pourrait paraître monotone, mais si les actions le sont, chaque journée est différente car ce sont les enfants qui la font. Les enfants donnent de la vie.

   Je me rappelle découvrir le fonctionnement de ce jardin d'enfant bilingue espagnol-allemand, avoir été étonné par leur totale liberté, voir que les enfants sont acteurs de leur journée, choisissent ce qu'ils veulent faire et les éducateurs sont là pour les guider et s'adaptent pour proposer des activités mais aussi leur laissent beaucoup de temps pour s'inventer leurs propres histoires, dans leur monde imaginaire qui n'a pas de limites. J'ai aussi découvert l'amour qui se dégageait, des enfants entre eux, des éducateurs avec les enfants, des enfants avec les éducateurs. Jamais je n'ai écouté un cri mais je vois souvent les plus grands aider les plus petits.

   Je me rappelle avoir rencontré, rencontré et rencontré tant de monde. En premier ma colocataire estonienne qui petit à petit est devenue une grande amie. Mais aussi les volontaires et les ex-volontaires qui sont au sein de l'organisation coordinatrice, des personnes de toutes l'Europe, avec des cultures différentes, des personnalités différentes, des façons de voir le monde différentes et avec qui je partage de très bons moments. Mais aussi toutes les personnes au sein de mon projet, mes collègues et les parents qui sont d'une gentillesse extrême. Mais aussi des personnes que je croise tous les jours dans mon immeuble ou dans le métro mais à qui je n'adresse pas la parole, des personnes à qui je parle seulement le temps d'une conversation, des personnes que je croise une fois dans la rue et que je ne reverrai pas et que j'oublierai.

   Je me rappelle commencer à réfléchir en anglais, parler beaucoup en espagnol dans le jardin d'enfant, et essayer d'apprendre l'allemand, me mélanger les pinceaux avec toutes ces langues mais toujours me débrouiller !

   Je me rappelle découvrir Vienne et commencer à me sentir chez moi, à connaître les quartiers, le métro dans tous les sens possibles et inimaginables, les endroits sympas, les nombreux parcs qui vont font oublier que vous êtes en ville et profiter du fait d'être dans une capitale qui a une grande offre culturelle et où il y a toujours quelque chose qui se passe. Mais je me rappelle aussi être fatiguée de cette agitation permanente, de tous ces trajets en métro et me sentir perdue et bien seule avec alors qu'il y pourtant plus d'un million d'habitants.

   Je me rappelle avoir déjà vécu de beaux voyages, être allé à Salzburg avec ma colocataire et retrouver avec bonheur la montagne, avoir fait ma propre petite aventure et être partie faire 120 km à vélo autour d'un lac.

   Je me rappelle avoir douté, douté d'avoir choisi le bon projet, le bon pays, me demander sans cesse « est-ce que c'est mieux ailleurs ? », me sentir inutile, être frustrée de ne pas pouvoir communiquer avec les enfants comme je le voudrais, de ne pas pouvoir mettre en place des activités qui me tiennent à cœur, de ne pas arriver à m'ouvrir aux autres, avoir peur de ne pas réussir, d'échouer, me trouver nulle et encore nulle.

   Je me rappelle prendre de la confiance en moi, ne plus avoir peur de ce que pensent les autres, abandonner ma timidité, oser proposer des projets, être heureuse dans ce nouveau métier finalement plutôt naturel pour moi, évoluer, grandir, apprendre des choses, partir à l'aventure, me sentir vivante.

Et il me reste encore tant de choses à vivre et à découvrir !

« We are never prepared for what we expect »

Flore

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