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Retour sur l'interchantier de Castelnau-d'Auzan (été 1955, été 2015)

Pendant l'Eté 1955, une de dizaine de jeunes venues d'Allemagne, de France, des Pays-Bas et du Royaume-Uni se retrouvent à Castelanau-d'Auzan dans le cadre d'un chantiers international organisé par Concordia. Ils sont logés chez l'habitant et travaillent dans les vignobles de la région. Concordia existe alors depuis 5 ans. La guerre est alors plus qu'un chapitre dans les livres d'histoire, c'est une cicatrice encore fraîche et la raison d'être de la jeune association. Réparer les dégâts causés par les combats et surtout empêcher que l'histoire ne se répète, c'est à cela que veulent œuvrer ceux qui participe aux chantiers de Concordia. Reconstruire ensemble, c'est apprendre à connaître l'autre, remplacer la rancœur par la gratitude et mettre fin aux luttes fratricides qui ont mené au pire. Les jeunes gens vivent et travaillent ensemble, apprennent à se comprendre. Ils découvrent les autres et se découvrent eux-mêmes. Des amitiés naissent, parfois des romances. Puis il l'heure de se quitter vient. On promet de garder le contact, on se salue sur le quai de la gare. L'histoire aurait pu s'arrêter là, ce n'aurait pas été la première à se terminer ainsi. Mais non. Les volontaires gardent contact.

Un demi-siècle plus tard, Concordia existe toujours. La guerre n'est plus qu'un souvenir dans la tête des plus anciens et un héritage tragique pour les plus jeunes. De nouveaux mondes ont poussé sur les ruines de l'ancien. L'urgence de la reconstruction et du rapprochement n'est plus, mais les idéaux prônés par Concordia sont toujours d'actualité. Le monde s'est mondialisé, les échanges se sont accélérés, les cultures se rencontrent et se confrontent. L'esprit de coopération et de fraternité n'a jamais été aussi nécessaire : les frontières sont devenues poreuses, la rencontre avec l'autre inévitable.

Eté 2015, 50 ans exactement après leur rencontre, les volontaires d'hier décident de se retrouver à Castelnau-d'Auzan. Ils seront une trentaine à répondre présent (en comptant les pièces rapportées : beaucoup se sont mariés). Ils viennent célébrer une amitié vieille d'un demi-siècle, né d'une rencontre de quelques jours. Sur place, une nouvelle génération de volontaires perpétuent la pratique des chantiers internationaux. Ils sont cinq, venus d'Allemagne, de France, de Roumanie et du Mexique pour rénover une fontaine laissée à l'abandon. La rencontre est émouvante. Les volontaires d'hier et d'aujourd'hui peuvent mesurer l'ampleur du mouvement auquel ils contribuent. Depuis 56 ans, Concordia organise des chantiers qui laissent des marques indélébiles dans le cœur de ceux qui y contribuent. Quand on participe à un chantier, on ne mesure qu'après combien on s'est enrichi des échanges, de la vie commune, du travail partagé. La dernière génération de volontaire à la chance de pouvoir prendre conscience de cela avant qu'il ne se termine. Pendant plusieurs jours, le groupe est agrandi. Les anciens travaillent et vivent avec les nouveaux. La rencontre se termine par un dîner organisé avec la mairie, festivités auxquelles sont conviées les habitants du village et des alentours.

La délégation Midi-Pyrénées mesure la chance qu'elle a eue d'être actrice de cet événement riche de sens. Il rappelle que les échanges internationaux ne sont pas de simples vacances utiles. La dynamique qu'ils impulsent auprès des participants, des populations locales et de ceux qui les organisent est un élan en faveur d'une certaine conception du monde. En ces temps difficiles où les identités se referment sur elles-mêmes, elle constitue une barrière contre les préjugés et la peur de l'autre, une invitation à redessiner une frontière par-dessus les frontières pour ériger l'humanité comme le premier de nos caractères.